Le Ghî : trésor de l'ayurvéda

Ode au ghî

Le beurre clarifié prend patience sur le feu.
Il frissonne, s’allège, délaisse ses scories, et l’air se remplit d’une odeur de céréale chaude.
La masse se clarifie.
La lumière passe à travers.
Jaune-or, presque solaire.

On l’appelle ghî.
Il nourrit sans alourdir, éclaire sans brûler.
Dans l’Ayurveda, il soutient le feu digestif, pacifie ce qui s’agite, huile les pensées sèches, reconstruit les tissus épuisés.
Il favorise ojas, l’essence subtile qui fait briller les yeux et tenir la joie dans le corps.
Il réconforte vata, apaise pitta, fortifie la moelle, le système nerveux, et les chemins invisibles où circule la perception.

Une cuillère dans une tisane, un fil dans la poêle, un souffle dans les narines,
et voilà qu’on sent, quelque part sous la cage thoracique,
un peu plus de chaleur, un peu plus de présence.

Il se garde longtemps, sans ambition ni vanité.
Comme ces remèdes dont on ne dit rien,
mais qu’on garde à portée de main.

1. Origine géographique & culturelle

Le ghî apparaît dans la région qui correspond aujourd’hui à l’Inde, le Pakistan, le Népal et le Bangladesh, dans des sociétés pastorales où le lait de vache et de bufflonne faisait partie de l’alimentation quotidienne.

Il est mentionné dans les Védas (textes sacrés de l’Inde, datés entre -1500 et -500 selon les estimations), non seulement comme matière alimentaire, mais aussi comme substance rituelle, combustible pour les lampes, onction sacrée et offrande dans les yajñas (cérémonies du feu).

Autrement dit: le ghî est né dans un monde où l’on ne sépare pas nourrir, soigner et sacraliser.


2. Origine ayurvédique & médicale


Dans l’Ayurveda, le ghee est considéré comme un rasayana (substance régénérante), c’est-à-dire un aliment-médicament destiné à soutenir la longévité, la fertilité, la clarté mentale et l’équilibre des tissus.

Historiquement, il a été utilisé:

• par voie interne (digestion, inflammation, fatigue nerveuse)
• par voie externe (nasya, onctions, massages)
• dans les préparations médicinales (plantes macérées dans le ghee)

Sa capacité à porter l’information des plantes (anupana) est ancienne et constitue l’un de ses rôles uniques.


3. Origine pratique & climatique


Une autre raison plus pragmatique:
dans les régions chaudes, le beurre frais
rancissait très vite. Clarifier le beurre au feu permettait de le conserver longtemps, à température ambiante, sans altération.

Le ghee est donc né aussi de l’intelligence des peuples, de la nécessité de stocker un aliment précieux.


Fun fact historique


Des découvertes archéologiques (Indus/Harrapâ) laissent penser que des formes de beurre clarifié étaient déjà utilisées il y a plus de 4000 ans.
Dans les textes védiques, il est nommé
ghṛta (घृत), terme lié à l’idée de briller, luire, ce qui dit beaucoup de sa symbolique.


Pour aller plus loin...


Les propriétés et l'utilisation du ghî sont différentes de celles des huiles médicinales. Le ghî augmente ojas, l'essence subtile de tous les tissus. Il accroît agni et tous les agnis des dhatus, c'est-à-dire tous les foyers métaboliques, et toutes les énergies digestives et enzymes du corps. Il favorise jatharagni, feu digestif résident dans l'intestin grêle, augmentant ses capacités sans aggraver pitta. Il favorise les bhutagni, feux élémentaires qui résident dans le foie et gouvernent la transformation de la nourriture dans le corps. Le ghî ne congestionne pas le foie comme le font les huiles et autres matières grasses, mais le tonifie. C'est une nourriture pour majja dhatu, la moelle osseuse et les tissus nerveux nourrissant le cerveau. En augmentant ojas, le ghî favorise tous les tissus subtils du corps, y compris shukra dhatu, tissus reproducteurs. Par ojas, il soutient tejas, le feu mental, et améliore ainsi medhagni, la flamme de l'intelligence et de la perception. À ce titre, il constitue un important tonique régénérant pour le mental, le cerveau et le système nerveux. Il est efficace pour vata et pitta. Pour les troubles pitta, le ghî est préparé avec les plantes amères. Il est préparé de façon similaire pour la fièvre, dont il est supposé être le meilleur remède. Le ghî est excellent pour les maladies des tissus subtils, des nerfs et de l'esprit, y compris pour de nombreux problèmes vata. On le prend généralement par voie interne et il est souvent utilisé comme nasya, traitement nasal. Les plantes typiques préparées dans le ghî sont généralement les plantes amères, l'amalaki,l'ashwagandha, le bhringaraj, l'acore vrai, l'ail, le gokshura, le centella, le jasmin, la réglisse, le manjistha, le grenadier, le shatavari et le triphala.


Quelques usages:
• cuisson douce
• tisane digestive
• onction des lèvres
• massage léger des narines (Nasya simple)contre la sécheresse nasale

   onction légère des paupières contre sécheresse oculaire, sensation de froid

• soutien de la mémoire
• digestion hivernale

   massage, notamment des pieds.


...Et bien sûr, la recette!


Chauffer une livre de beurre cru biologique non salé à feu moyen pendant quinze minutes environ. Le beurre se met à fondre et commence à frémir. Au moment de l'ébullition, de l'écume remonte à la surface. Ne pas retirer cette écume car elle contient des propriétés médicinales. Baisser le feu. Le beurre prend ensuite une couleur jaune d'or avec une odeur de pop-corn. Lorsqu'on entend un crépitement après avoir laissé tomber une ou deux gouttes d'eau dans le ghî, celui-ci est prêt. Le laisser refroidir lentement et le filtrer ensuite dans un récipient. Le ghee se conserve hors du réfrigérateur.

Je trouve que cette préparation relève le goût du beurre, et lui donne subtilment une saveur de noisette.

Une noisette de ghî accompagnera délicatement vos légumes vapeur, soupes, mouillettes, plats à base de riz, semoule,...

Régalez-vous! Votre digestion n'en sera que plus efficace!

Aussi, n'hésitez pas à vous masser avec en le faisant tiédir, une zone du corps que vous sentez faible, épuisée.

Je l'utilise d'ailleurs l'hiver pour le massage des jambes et des pieds au bol kansu, pour apporter chaleur et nourriture aux tissus fatigués, décontracter et assouplir ces parties du corps. N'hésitez pas là aussi à me solliciter pour ce massage doux, nourrissant et revigorant!

Bonne préparation à vous toutes et tous!


par Maureen Esivert-Viremouneix 16 janvier 2026
Le massage Abhyangam est une pratique de la médecine ayurvédique, originaire du sud de l’Inde, où l’art du toucher s’est transmis de génération en génération. Dans l’Ayurveda, l’Abhyangam associe huile chaude médicinale, mouvements continus et lecture subtile du système nerveux. Il ne s’agit pas d’un simple massage de détente: c’est un acte thérapeutique qui nourrit les tissus (dhatus), pacifie le dosha Vata, soutient la circulation des fluides, et réduit l’épuisement physique comme nerveux. Du sanskrit abhyanga (onction), ce soin repose sur un geste enveloppant, régulier, harmonieux. L’huile chauffée devient un vecteur d’équilibre. Elle nourrit la peau, apaise le mental, harmonise la respiration, et ramène le corps dans un territoire plus habitable. Origine Ayurvédique & philosophie du soin L’Abhyangam appartient aux mesures de prévention et de longévité. Dans les textes, il est recommandé au quotidien pour conserver la force, la clarté mentale et la fluidité du mouvement. L’Ashtanga Hridayam mentionne : « L’onction quotidienne confère douceur, fermeté, plénitude et jeunesse. Elle apaise Vata, nourrit les tissus et favorise le sommeil. » Dans le Caraka Samhita , on retrouve l’idée que les massages réguliers protègent le corps de la fatigue, de l’émaciation, du vieillissement prématuré et du déséquilibre du système nerveux. L’équilibre dynamique entre les trois doshas repose sur ce type de soin. L’Abhyangam traduit la vision ayurvédique d’un organisme traversé par le souffle, l’huile, la chaleur et la conscience. Il reconnecte la physiologie à sa cadence naturelle. Les bienfaits physiologiques et psychiques Système nerveux & stress L’huile chaude et le travail rythmique activent le système parasympathique. La vigilance se relâche, le stress se dissipe, la fatigue nerveuse s’évide. Peau, fascias, tissus Les dhatus sont nourris; la peau retrouve douceur et éclat; les fascias gagnent en souplesse; la motricité interne devient plus fluide. Circulation & detoxification Abhyangam soutient la circulation sanguine et lymphatique, notamment dans les périodes de lourdeurs, de stagnation ou de refroidissement. Sommeil & équilibre hormonal En apaisant Vata, le massage prépare à un sommeil plus stable. Les fluctuations émotionnelles s’estompent, la sensibilité corporelle s’adoucit. Vitalité & immunité La tradition considère que l’Abhyangam soutient ojas, la liqueur subtile de l’immunité, de la résistance et du rayonnement. Une dimension plus sensible Au-delà des mécanismes physiologiques, Abhyangam est un rituel de présence. Les mains deviennent des instruments de respiration, l’huile fait vibrer le silence du corps, l’âme prend un peu de place dans la chair. Le mental s’apaise par le toucher, comme un lac retrouve son clair miroir après la tempête. Pour qui est recommandé l’Abhyangam Selon l’Ayurveda, ce soin convient particulièrement aux personnes sujettes à: • stress, anxiété, nervosité • troubles du sommeil • fatigue chronique • douleurs et tensions musculaires • sécheresse de la peau • fluctuations émotionnelles • périodes de changement ou de transition • saison automnale/hivernale (période d’augmentation de Vata) Il convient aussi à celles et ceux cherchant une meilleure conscience corporelle, une digestion plus sereine, ou un équilibre hormonal plus stable. Contre-indications & précautions Abhyangam est un soin puissant. L’Ayurveda recommande de l’éviter ou de l’adapter dans certains cas : Contre-indications principales • fièvre, infections, état inflammatoire aigu • troubles circulatoires graves (phlébites, thromboses) • maladies infectieuses de la peau • hypertension non contrôlée • intoxication ou état de grande faiblesse aiguë Précautions spécifiques • éviter après un repas lourd/ attendre au moins 1h30 après un repas • éviter pendant les trois premiers jours de règles si douleur + abondance (à moduler selon constitution) • ajustement pour femmes enceintes selon dosha, trimestre et zones à travailler Travail sur les points Marma Dans la version complète du massage Abhyangam d’1h45 que je propose, le soin inclut la stimulation ciblée des points marma. En Ayurveda, les marma sont des zones stratégiques où se rencontrent nerfs, muscles, vaisseaux, articulations, os et conscience subtile. Ce sont des carrefours sensibles du prana (énergie vitale) et des tissus (dhatus). La tradition ayurvédique en répertorie 107, chacun jouant un rôle dans la circulation de l’énergie, la régulation du système nerveux et la coordination des fonctions psychophysiologiques. L’Ashtanga Hridayam les décrit comme des “sièges” où se concentre l’intelligence du corps. La stimulation manuelle de certains marma permet de: • réduire la fatigue nerveuse • faciliter la circulation du prana • soutenir l’équilibre hormonal • améliorer le sommeil • apaiser les émotions • diminuer les tensions somatiques • renforcer la digestion subtile (agni) • amplifier les effets de l’huile médicinale Ce travail marma ajoute une dimension précise et profonde à l’Abhyangam: il ne s’agit plus seulement d’un massage d’enveloppement, mais d’un soin de terrain, orienté vers la régulation du système nerveux, la présence corporelle et le rayonnement intérieur. L’Ayurveda considère que le soin des marma “réveille le prana endormi” et soutient ojas, cette essence subtile associée à l’immunité, à la vitalité et à la stabilité émotionnelle. Conclusion Abhyangam n’est pas un simple massage. C’est une manière ancienne de prendre soin du corps, du système nerveux et de l’âme, en donnant au toucher la place qu’il mérite: celle d’un régulateur de santé, de chaleur et de présence. Je propose ainsi l'abhyangam comme un soin de terrain, personnalisé selon la constitution ayurvédique et le contexte de vie. Chaque séance commence par un bref échange permettant d’identifier les besoins du moment (stress, sommeil, digestion, fatigue, sensibilité émotionnelle, douleurs, etc.). Citations traditionnelles • Caraka Samhita « Les huiles appliquées sur la peau nourrissent, renforcent et stabilisent les organes sensoriels. » • Ashtanga Hridayam « L’abhyanga favorise la vigueur, le sommeil et la protection contre la fatigue. » • Sushruta Samhita « Les onctions régulières préservent la jeunesse et la mobilité. » Vous pouvez prendre RDV pour le massage abhyangam en cliquant sur le lien en haut à droite, ou en m'appelant pour en parler en amont, avec plaisir! Soin possible dans le cadre d’un accompagnement ayurvédique personnalisé. Réservations et informations 06 10 72 97 38 www.dameetdaum.com
Nasyam :n souffle clair, un esprit léger.
par Maureen Esivert-Viremouneix 6 septembre 2025
Un rituel ancestral qui libère la respiration, apaise l’esprit et vous reconnecte à votre énergie vitale.
Il y a de nombreux types d'épices différents dans des bols sur la table.
19 mars 2025
Yoga & ayurvéda : sciences de la réalisation de soi & de l'autoguérison
Une femme allongée recevant le traitement shirodhara par un écoulement d'un filet d'huile.
par Antoine Baudinat 19 mars 2025
🌸 Au fil de l’huile, le repos de l’esprit Sous le murmure tiède d’un filet d’huile, le monde ralentit. Le corps s’abandonne, le mental s’apaise, et l’âme se souvient de son calme originel. Le Shirodhara, soin ayurvédique ancestral, est bien plus qu’un écoulement d’huile sur le front : c’est un soin régénérant qui vise à éliminer les toxines et la fatigue psychologique, tout en rétablissant l’équilibre du système nerveux. C’est une expérience unique, profondément apaisante, où l’huile devient souffle, et le silence, guérison. 🌿 L’art du flux et de la conscience Le terme Dhara signifie écoulement constant, et se retrouve dans Dharana — une des sept étapes de la réalisation du yoga, celle de la concentration. Ainsi, le Shirodhara est bien plus qu’un soin : il devient une méditation "fluide", un pont entre le corps et l’esprit. L’huile chaude, choisie selon votre constitution (prakriti) et vos besoins du moment, s’écoule à une certaine hauteur, sur le front, puis se répand librement sur le cuir chevelu. Ce mouvement continu procure un massage subtil des zones du front et du crâne, et agit directement sur les glandes endocrines — pinéale, pituitaire, hypothalamus — véritables gardiennes de notre équilibre hormonal. Ces glandes orchestrent les rythmes essentiels du corps : digestion, respiration, élimination, sommeil, émotions. En harmonisant leur action, le Chirodhara favorise un état de repos parasympathique, un moment de “non-être” où le corps se réorganise naturellement. Dans cette immobilité douce, l’intelligence du corps œuvre, et un sentiment profond de bien-être, d’unité et de clarté s’installe. ✨ Bienfaits du Shirodhara Élimine les toxines et la fatigue mentale Diminue le stress, l’anxiété et les tensions nerveuses profondes Apaise les déséquilibres du dosha Vata : tremblements, agitation, sécheresse mentale et physique Aide en cas de troubles du sommeil, surmenage, burn-out, dépression, désorientation psychique Soutient dans certaines affections du système nerveux : Parkinson, épilepsie (en dehors des crises, avec précaution) Rééquilibre le système hormonal, apaise le cœur et clarifie le mental Nourrit le cuir chevelu et renforce la vitalité des cheveux Favorise un état de paix intérieure, semblable à une méditation profonde Le Shirodhara fait partie des soins traditionnels appelés Mourda Thaila, ceux qui nourrissent la tête et apaisent le siège de la conscience. 🌸 Déroulement du soin Le rituel s’ouvre par un moment d’accueil et de recentrage. Le corps s’installe, le souffle s’apaise. La personne commence par s'asseoir pour recevoir un massage de la tête, du cou, de la nuque et des épaules.(shiroabhyangam). Puis, elle se déplace sur la table de massage pour se mettre en position allongée et recevoir un massage du visage.(mukhabhyangam). Puis commence le dhara(écoulement continu). L’huile végétale, souvent à base de sésame, enrichie de plantes comme le Brahmi, le Santal ou l’Ashwagandha, est maintenue à température constante. Elle s’écoule lentement, en un flux régulier, sur le front — le siège du troisième œil, là où naissent la lucidité et la vision intérieure. Le filet chaud se balance doucement, comme un souffle. Peu à peu, les pensées s’éloignent, le corps s’allège, le temps s’efface. Un silence doré envahit l’espace intérieur. Après ce moment suspendu, un temps de repos silencieux permet à l’énergie de se stabiliser, avant un retour en douceur accompagné d’une infusion ayurvédique. 🕉️ Durée : environ 60 à 75 minutes ⚘ Contre-indications Le Shirodhara est un soin puissant et doit être reçu dans un moment propice. Il est contre-indiqué : En cas de troubles Kapha dominants, de fièvre aiguë, d’indigestion, ou d’état d’Ama (toxines non digérées) Après un repas trop lourd ou une suralimentation Juste après les procédures de Shodhana (purifications) En cas de congestion aiguë, rhume, sinusite, ou plaies au cuir chevelu Durant la grossesse avancée ou en cas de tension artérielle instable Lorsque le corps est affaibli ou congestionné, il est préférable de préparer le terrain avec un massage Abhyanga rééquilibrant, avant de recevoir ce soin. 🌿 Un voyage vers l’harmonie intérieure Recevoir un Shirodhara, c’est s’abandonner à la lenteur, laisser la conscience s’élargir et le corps s’alléger. C’est entrer dans un espace de repos absolu où le mental s’apaise et où le souffle retrouve son rythme naturel. Une offrande à soi-même, à la fois thérapeutique et spirituelle, qui réconcilie la tête, le cœur et l’âme.